Afghanistan, Vallée du Panshir: quand les femmes donnent la vie.
2 May 2012 par Elisabeth Cosimi

La mortalité maternelle, demeure aujourd’hui encore la première cause de décès en Afghanistan. En milieu rural la plupart des femmes accouchent encore à domicile dans des conditions extrêmes sans avoir pu consulter un médecin au cours de leur grossesse.

Depuis 2007, une maternité gérée par l’ONG italienne Emergency s’est implantée dans les montagnes du Panshir au nord de Kaboul. Ce lieu réservé aux femmes difficilement pénétrable reste encore aujourd’hui une exception. Les afghanes peuvent venir y accoucher gratuitement.

Même si la sécurité dans la région a été stabilisé, l’existence de cet établissement demeure fragile et instable. Il n’aurait jamais pu voir le jour si différents aspects de la réalité sociale comme le secret, l’honneur familiale, l’acceptation de la violence ou la prérogative masculine n’avaient pas été pris en compte.La maternité perdure aussi grâce à un fonctionnement impliquant les afghanes elles même dans les problématiques de l’accompagnement médicale et psychologique des naissances: Face au manque de personnel médicale féminin l’ONG Emergency, qui a du s’adapter aux réalités du terrain forme des jeunes filles des vallées environnantes à peine sorties de l’école, au métier de sage femme.

Une démarche non moins osé mais qui contribue sans doute à ouvrir une brèche dans le long et périlleux chemin qui mènera les femmes à prendre un jour leur destin en main.
Se trouver au plus prés des afghanes à l’heure où elles s’apprêtent à donner la vie a été une chance inespérée.

En Afghanistan la banalité des naissances n’invite pas à des considérations particulières.Pourtant ce témoignage photographique livre ce que ces femmes ont osé nous confier à un moment clé de leur rude existence. A travers de grands silences, des larmes discrètes ou l’esquisse d’un sourire, elles dévoilent leur résignation mais aussi leur courage face à la vie qu’elles portent.

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Kaboul, La marastoon des femmes.
14 Dec 2010 par Elisabeth Cosimi

Marastoon de Kaboul, juin 2010 Marastoon signifie en Pachtoo « maison d’accueil ». Établies dans les années 30 sous le règne du roi Zahir Shah, ces structures étaient à l’origine destinées à accueillir les sans-abris. Depuis elles se sont mutées en foyers sociaux.

Peu soutenues par le gouvernement, ces institutions réparties au nombre de cinq dans tout le pays sont gérées depuis 30 ans par le Croissant-Rouge et le CIRC qui tentent de redonner espoir aux afghans ayant tout perdu à travers l’instruction et la formation professionnelle.

À Kaboul, les témoignages livrés par certaines femmes accueillies dans ces structures mettent en lumière une triste réalité en matière d’aide médicale, sociale et juridique auprès des femmes. Bien plus révélatrices que la burqa, les conditions d’existence de ces femmes aux destins tragiques nous laissent entrevoir une société anéantie par des années de conflit empêchant toute institution de pouvoir fonctionner et garantir leurs droits les plus élémentaires.

Les marastoon ont survécu aux désastres causées par les guerres, mais comme la plupart des institutions dont les murs sont encore debout, elles fonctionnent presque à vide dans un état miné par la corruption et réduit en lambeaux.

Section des femmes atteintes de troubles psychiques

En Afghanistan très peu d’endroits accueillent les malades atteints de troubles psychiques. La marastoon de Kaboul héberge actuellement dans un de ses blocs, une vingtaine de femmes abandonnées par leur famille et livrées à leur propre sort. Les conditions d’accueil restent très limitées.

Assistées par des veuves de guerre et quelques bénévoles de passage à Kaboul, ces femmes auront au moins ici la chance de vivre et mourir dans la dignité.

Quel que soit leur état psychique (traumatismes de guerre, retard mental, violences et abus sexuel, vieillesse ou dépressions passagères), ces femmes ne bénéficient pas d’une assistance médicale répondant à leur propre besoin.

Le psychologue rattaché à un hôpital de Kaboul vient nous rendre visite une fois par semaine, il ne consulte quasiment jamais directement les patientes.Nous ne savons rien sur la plupart de ces femmes. Elles ne savent plus qui elles sont ni d’où elles viennent.

Tout ce que nous pouvons faire est d’essayer de capter leur attention pour les calmer et leur redonner le sourire.

Beaucoup de choses restent à accomplir ici, nous n’en sommes qu’au début, mais depuis que je suis arrivée j’ai réussi à trouver des fonds afin qu’elles puissent aménager un jardin. D’ici quelques jours nous commencerons à planter des fleurs et nous aurons enfin une machine à laver ». Témoigne Iman une jeune Afghane née à Londres revenue dans son pays afin d’aider ses concitoyennes.

Département des familles monoparentales.

55 femmes sont actuellement hébergées avec leurs enfants dans deux blocs de résidences. Celles qui parviennent à trouver une place en marastoon sont pour la plupart originaires d’une autre province que celle de Kaboul.

De ville en ville, de Foyers en maisons d’accueil, leur vie reste tourmentée par des histoires de famille dont elles peinent à sortir. Grâce à la scolarisation de leurs enfants, des cours d’anglais ainsi qu’une formation en couture, la Marastoon se présente à elles comme l’ultime point de passage qui les soutiendra pendant deux ans, jusqu’à ce qu’elles trouvent un emploi et deviennent autonomes.

Mais les réalités sociales laissent en fait entrevoir peu de perspectives pour ces femmes abandonnées à leur sort et souvent encore pourchassées ou menacées par leurs proches. Mise à l’écart de la famille et par conséquent de la société elles peuvent difficilement compter sur une assistance sociale et juridique qui leur garantirait une protection.

Juin 2010

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Afghanistan comment ça va avec la guerre ? 2009-2010
20 Oct 2010 par Elisabeth Cosimi

Afghanistan comment ça va avec la guerre ? est né de l’idée d’un parcours initiatique à travers le pays.

Afghanistan, commment ça va ? août 2009 A côté de la réalisation de reportages photographiques à caractère documentaire, la photographe tend vers une évocation de l’Afghanistan de tous les jours avec ses joies mais surtout ses grandes douleurs sur fond de guerre.

Durant ses déplacements Élisabeth Cosimi cherche à capter l’intensité de ses rencontres à travers les regards des afghans ayant tous un destin hors du commun. « Comme s’ils avaient su tirer profit de la situation chaotique de leur pays convoité par les grandes puissances depuis des milliers d’années en se forgeant une capacité de résistance inébranlable. Il en résulte de ce pays ravagé par les guerres une profonde humanité ».

Le titre «Afghanistan comment ça va avec la guerre » quelque peu emprunté à Raymond Depardon s’impose de lui même car il répond en partie aux mêmes exigences de témoignages et de questionnement de celui qui observe et raconte tout en cherchant la bonne distance.

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Les réfugiés de Malte lancent des SOS à l’Europe
22 Apr 2010 par Elisabeth Cosimi

Depuis 2004 Malte fait partie de l’Union Européenne.

Malte, avril 2010 Très vite, cette île minuscule va se retrouver débordée et incapable de gérer l’arrivée des migrants d’Afrique subsaharienne qui embarquent dans des bateaux de fortune depuis la Libye pour rejoindre l’Italie et par la suite, les pays de l’Union européenne.

A la recherche d’une vie meilleure, des centaines d’hommes et de femmes fuyant leur pays dérivent vers les eaux territoriales maltaises, croyant aborder en Italie.
Cette méprise leur sera fatale: à Malte l’erreur est inhumaine pour les demandeurs d’asile.
C’est par une période de détention pouvant durer jusqu’à un an et demi que ces malheureux commencent une nouvelle vie en Europe: le temps nécessaire pour examiner leur cas …
Ensuite la plupart passeront une partie de leur existence dans des camps ouverts.

Des conditions de détention administrative au-delà du désespoir

Les centres d’accueil surchargés explosent et les problèmes liés à la promiscuité atteignent des niveaux inquiétants.
A Hal Far, une zone située au centre de l’île et éloignée de la Valette 2000 personnes environ doivent vivre dans des conditions inimaginables . Le camp nommé le Hangar est le plus redoutable. Actuellement 700 demandeurs d’asile y séjournent dans un état de total abandon
La rage et le désespoir se lisent sur de nombreux visages.

Confronté au “problème humanitaire” des migrants arraisonnés à Malte, l’Union européenne semble avoir agi symboliquement.

En 2009, des projets d’accueil et d’intégration pour demandeurs d’asile ont été financés à hauteur de 800 000 euros.
Pourtant, le sort des supposés bénéficiaires ne semble pas s’être amélioré .
Depuis 2005, cette population toujours aussi indésirable aux yeux des maltais est maintenue dans ces camps qui sont en fait de véritables prisons à ciel ouvert, hors de la ville et des lieux touristiques. Malte compte en effet toutes sortes “d’open Centers “qui sont en fait de misérables ghettos où les migrants sont parqués comme des animaux sans aucune possibilité d’intégration.

Pour les Africains de l’Est, il existe toutefois une lueur d’espoir: le programme de relocalisation des personnes sous protection subsidiaire initié l’année dernière par un certain nombre de pays européens, dont la France, redonne le sourire à quelques uns d’entre eux.

Les africains de l’Ouest représentent environ 18% de la population immigrée clandestinement sur l’île. Ces francophones issus de pays qui ne sont pas en guerre sont considérés comme n’étant pas en danger.
Ils peuvent donc languir et bien souvent mourir tranquillement à Malte, leur cas ne présentant aucune urgence aux yeux des autorités.
Après avoir essuyé une peine de un an et demi de détention, un rejet de la commission des réfugiés, tenté leur chance dans un autre pays de l’Union européenne qui les renverra à Malte après avoir relevé leurs empreintes, privés de tout espoir, nombreux sont ceux qui implorent le gouvernement maltais de les laisser repartir dans leur pays d’origine.
Mais l’autorité administrative ne peut pas les expulser sans accord préalable de réadmission avec ces pays.

Nul ne peut être considéré comme responsable de ces vies humaines gâchées, ce sont les dommages collatéraux de “Dublin II”

Ici tout le monde attend le jour où l’Europe viendra tirer les réfugiés du “trou” maltais.

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Paris-Calais-Calais-Paris
25 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Afghans en errance

Ils viennent de toutes les régions d’Afghanistan fuyant la guerre, la violence et la pauvreté. Ils viennent du Pakistan où ils s’étaient exilés, après la fermeture des camps de réfugiés et l’insécurité croissante dans ce pays. Ils viennent aussi d’Iran fuyant les expulsions forcées vers l’Afghanistan. Ils sont jeunes.

mineurs afghans En Europe, le Règlement Dublin les oblige à demander l’asile dans le premier pays par lequel ils sont entrés. Pour la plupart d’entre eux il s’agit de la Grèce. État qui réserve aux afghans un traitement particulièrement dur et brutal sans compter que les demandes de statut de réfugié sont accordées à moins de 1%. Ne voulant pas y retourner, ils errent en Europe renvoyés de pays en pays.

En France, à Calais comme à Paris où les afghans se regroupent autours de la gare de l’est, ils se retrouvent pourchassés par la police. Ils reçoivent un arrêté de reconduite à la frontière, ce qui ne leur permet pas de demander l’asile dans des conditions correctes. Ces demandeurs d’asile en procédure dite «prioritaire» ne peuvent en effet obtenir ni logement ni allocation jusqu’à la décision qui tarde parfois plus de deux ans. Quand à ceux qui ont pu obtenir un titre provisoire de séjour ils ne sont pas assurés pour autant d’obtenir un logement. Dormant dehors et se nourrissant aux soupes populaires, beaucoup préfèrent tenter leur chance ailleurs notamment en Angleterre ou dans les pays scandinaves, réputés plus accueillants. A Paris des dispositifs pour les mineurs qui arrivent en France seuls sont précaires. Les plus chanceux sont logés dans des chambres d’hôtels, mais sans réel suivi socio éducatif, devant attendre des mois leur prise en charge par l’aide sociale à l’enfance. Non scolarisés pour la plupart, ils restent à trainer la journée dans les rues du 10ème. D’autres n’ont droit qu’à une mise à l’abri sommaire de nuit dans un accueil de jour pour SDF. Et beaucoup devront rester dehors même en plein hiver. C’est pourquoi eux aussi préfèrent tenter leur chance ailleurs.

La sonnette d’alarme a été maintes fois lancée par les médias. Ces coups de projecteurs trop brefs et parfois agressifs pour les exilés eux même n’ont donné cependant qu’un étroit apperçu des situations de non droit dans lesquelles ces populations sont volontairement maintenues.

Les jeunes afghans sont fatigués des conflits. Aucune issue n’est possible chez eux… Nous voilà engagés dans une guerre absurde depuis 9 ans et les gouvernements osent prétendre qu’aucune issue n’ est possible pour eux chez nous. Sous prétexte du risque d’ appel d’air, ces mêmes gouvernements continuent à ne pas prendre leurs responsabilités préférant jouer sur le registre du dégout, de la fatigue et du découragement.

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Mirage d’Europe
20 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Les îles de la méditerranée constituent une barrière de plus en plus difficile à franchir pour ceux qui décident de fuir leur pays ravagé par la guerre, la faim ou la misère économique.

Mirage d'Europe Pour certains l’exil commence en barque, tandis que d’autres sont partis de chez eux depuis quelques années. Ils ont traversé des frontières, se sont retrouvés sans argent, perdus ou morts.

La mer est le dernier obstacle à franchir avant l’Europe. Les migrants, qui passent finalement la porte, traversent incognito le mirage de la terre des droits de l’homme. Lampedusa, Palerme, Malte, les îles grecques de la mer Egée ou Chypre sont devenus des « territoires d’attente » où en matière d’immigration, nos gouvernements expérimentent et pratiquent l’enfermement systématique, de nature physique ou psychologique à travers l’existence de camps toujours de plus en plus nombreux.
A travers ce reportage photographique, Elisabeth Cosimi témoigne des conditions d’existence quotidiennes de ces « brûleurs de frontières » retenus sur les îles de la méditerranée.

Aujourd’hui en Europe, les camps d’étrangers vont de la prison, aux insulaires centres de rétention construits au gré des naufrages ou des débarquements comme les “Centri di permanenza temporanea” italiens ou les camps-tampons de Lampedusa ou de Malte situés entre l’Union européenne et les régions d’origine des migrants. Une des fonctions essentielles de ces lieux est la mise à l’écart physique et juridique des étrangers pour les rendre invisibles.

Hafiz, Omar, Moktar, Ibrahim et tous les autres demandeurs d’asile rencontrés dans ce périple croyaient devenir libres en Europe. Ici où “l’on pensaient trouver les droits de l’homme” le temps est suspendu. Dans une chambre, une cour intérieure ou derrière des barreaux, ils attendent que le verdict des administrations leur redonne une identité et surtout un peu d’espoir dans l’idée que la liberté existe quelque part sur cette terre…

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ZEN
10 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Zen est un mot rassurant, une philosophie, la recherche du perfectionnement intérieur, la pratique de la méditation, le vide en soit, l’illumination.

A Palerme le même mot symbolise la dégradation urbaine et sociale, des pratiques de survivance, de légalité suspendue, l’absence d’équilibre et enfin un environnement ayant pour seuls repères béton, drogue, mafia et terrains vagues.

Quartier du Z.E.N. (Zone d'expansion nord), Sicile, mars 2007Le Z.E.N. (Zone d’expansion nord) n’existe plus, du moins au niveau toponymique. Les “officiels” l’ont rebaptisé San Fillipo Neri, comme si ce nouveau nom pouvait effacer tout le pêché originel de ce quartier de 15.000 habitants dont l’identité s’accroche malgré tout à ces trois lettres inscrites un peu partout sur les murs du quartier. Les nouvelles qui arrivent du Zen alimentent souvent le côté sombre de la chronique locale, avec de temps en temps un reportage sporadique sur le monde du volontariat ou quelques promesses électorales jamais tenues pour la revalorisation du quartier. Les habitants des « laissés pour compte » s’organisent alors comme ils peuvent vivant au jour le jour grâce à un système d’économie parallèle dont la mafia tire profit.

Le Z.E.N vit selon ses propres règles,ses habitants sont devenus fiers et ont su tiré profit de la ZEN Attitude. Ici règne une sorte d’harmonie tiré du chaos.

L’école se vide l’après midi et devient un repère pour les toxicomanes qui tapissent les couloirs de seringues.

A 14 ans, les jeunes filles prisonnières de la famille s’émancipent en fuguant avec un garçon du quartier et reviennent quelque jours plus tard enceintes, elles iront vivre ailleurs, dans l’immeuble voisin.

Pour assumer une famille dont ils sont souvent devenus les pères, les jeunes hommes se mettent alors à travailler pour le bosse du quartier au coin de la rue, ils fournissent les riches palermitains de drogues en tout genre espérant que cela ne dure qu’un temps,le temps de pouvoir maîtriser sa propre vie dans cette Beyrouth palermitaine où se ballade un peuple farouche et désespéré.

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“Quick Money”
5 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Une route de campagne dévastée aux abords de Naples. Eté comme hiver, quatorze heures par jour, à l’ombre d’un parapluie ou les mains suspendues au dessus d’un vieux bidon de peinture servant de brasero, une quarantaine de filles occupent dès huit heures du matin leur poste de travail.

Povince de Naples, août 2008 La poussière soulevée par les camions qui passent à vive allure leur brûle les yeux et la gorge. Le trafic routier, sur ces routes désolées du Far West italien, est intense.

Camionneurs, travailleurs agricoles, hommes d’affaires, retraités, adolescents à la dérive, tous viennent ici pour quelques minutes de défoulement sexuel empreint d’exotisme. Ici, l’offre est abondante et variée. A chaque croisement, entre une décharge sauvage et un champ cultivé, elles exhibent et vendent leur corps d’ébène pour une somme allant de dix à vingt-cinq euros.

Ces visages et ces corps qui n’ont plus d’identité sont pour la plupart originaires de Lagos ou de Benin City, au Nigeria.

Ici, elles s’appelleront toutes Gioa, Beauty, Valentina, Sofia ou Pamela. Celles qui viennent d’arriver se retrouvent sous la coupe d’anciennes prostituées parvenues au rang de « Madame », mères maquerelles qui leur trouvent un morceau de trottoir dont le loyer est redevable à la Camorra, la mafia locale. On a fait miroiter aux unes la promesse d’un poste de serveuse ou de danseuse. Les autres savent qu’elles seront prostituées. Mais toutes sont prises au piège. Les nouvelles recrues comprennent très vite qu’elles doivent gagner rapidement des sommes colossales pour rembourser la dette contractée par la famille auprès des organisateurs du voyage et dont le montant, multiplié comme par enchantement à l’arrivée, atteint 50 000 euros.

Cette dette est scellée avant le départ par des rituels vaudous : ils lient impitoyablement la jeune femme qui devra rembourser pour acheter le salut de son âme.

Une fois arrivées à destination, ces Nigérianes – estimées à 20 000 en Italie – entrent dans une routine infernale où le moindre détail de leur vie est géré par les organisateurs de ce trafic. Si par malheur une prostituée encore redevable de sa dette tente de fuir, sa famille restée au pays – et qui compte bien sur ses envois d’argent pour survivre – fera l’objet de violentes représailles. Quant à la fugueuse, elle sait ce qui l’attend si jamais elle venait à être rattrapée. Il n’y a donc pas d’autre choix que de s’efforcer de rembourser le plus rapidement possible sa « dette », avec le mince espoir de sortir un jour de cet enfer.

Eisabeth Cosimi.

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