ZEN
10 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Zen est un mot rassurant, une philosophie, la recherche du perfectionnement intérieur, la pratique de la méditation, le vide en soit, l’illumination.

A Palerme le même mot symbolise la dégradation urbaine et sociale, des pratiques de survivance, de légalité suspendue, l’absence d’équilibre et enfin un environnement ayant pour seuls repères béton, drogue, mafia et terrains vagues.

Quartier du Z.E.N. (Zone d'expansion nord), Sicile, mars 2007Le Z.E.N. (Zone d’expansion nord) n’existe plus, du moins au niveau toponymique. Les “officiels” l’ont rebaptisé San Fillipo Neri, comme si ce nouveau nom pouvait effacer tout le pêché originel de ce quartier de 15.000 habitants dont l’identité s’accroche malgré tout à ces trois lettres inscrites un peu partout sur les murs du quartier. Les nouvelles qui arrivent du Zen alimentent souvent le côté sombre de la chronique locale, avec de temps en temps un reportage sporadique sur le monde du volontariat ou quelques promesses électorales jamais tenues pour la revalorisation du quartier. Les habitants des « laissés pour compte » s’organisent alors comme ils peuvent vivant au jour le jour grâce à un système d’économie parallèle dont la mafia tire profit.

Le Z.E.N vit selon ses propres règles,ses habitants sont devenus fiers et ont su tiré profit de la ZEN Attitude. Ici règne une sorte d’harmonie tiré du chaos.

L’école se vide l’après midi et devient un repère pour les toxicomanes qui tapissent les couloirs de seringues.

A 14 ans, les jeunes filles prisonnières de la famille s’émancipent en fuguant avec un garçon du quartier et reviennent quelque jours plus tard enceintes, elles iront vivre ailleurs, dans l’immeuble voisin.

Pour assumer une famille dont ils sont souvent devenus les pères, les jeunes hommes se mettent alors à travailler pour le bosse du quartier au coin de la rue, ils fournissent les riches palermitains de drogues en tout genre espérant que cela ne dure qu’un temps,le temps de pouvoir maîtriser sa propre vie dans cette Beyrouth palermitaine où se ballade un peuple farouche et désespéré.

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