“Quick Money”
5 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Une route de campagne dévastée aux abords de Naples. Eté comme hiver, quatorze heures par jour, à l’ombre d’un parapluie ou les mains suspendues au dessus d’un vieux bidon de peinture servant de brasero, une quarantaine de filles occupent dès huit heures du matin leur poste de travail.

Povince de Naples, août 2008 La poussière soulevée par les camions qui passent à vive allure leur brûle les yeux et la gorge. Le trafic routier, sur ces routes désolées du Far West italien, est intense.

Camionneurs, travailleurs agricoles, hommes d’affaires, retraités, adolescents à la dérive, tous viennent ici pour quelques minutes de défoulement sexuel empreint d’exotisme. Ici, l’offre est abondante et variée. A chaque croisement, entre une décharge sauvage et un champ cultivé, elles exhibent et vendent leur corps d’ébène pour une somme allant de dix à vingt-cinq euros.

Ces visages et ces corps qui n’ont plus d’identité sont pour la plupart originaires de Lagos ou de Benin City, au Nigeria.

Ici, elles s’appelleront toutes Gioa, Beauty, Valentina, Sofia ou Pamela. Celles qui viennent d’arriver se retrouvent sous la coupe d’anciennes prostituées parvenues au rang de « Madame », mères maquerelles qui leur trouvent un morceau de trottoir dont le loyer est redevable à la Camorra, la mafia locale. On a fait miroiter aux unes la promesse d’un poste de serveuse ou de danseuse. Les autres savent qu’elles seront prostituées. Mais toutes sont prises au piège. Les nouvelles recrues comprennent très vite qu’elles doivent gagner rapidement des sommes colossales pour rembourser la dette contractée par la famille auprès des organisateurs du voyage et dont le montant, multiplié comme par enchantement à l’arrivée, atteint 50 000 euros.

Cette dette est scellée avant le départ par des rituels vaudous : ils lient impitoyablement la jeune femme qui devra rembourser pour acheter le salut de son âme.

Une fois arrivées à destination, ces Nigérianes – estimées à 20 000 en Italie – entrent dans une routine infernale où le moindre détail de leur vie est géré par les organisateurs de ce trafic. Si par malheur une prostituée encore redevable de sa dette tente de fuir, sa famille restée au pays – et qui compte bien sur ses envois d’argent pour survivre – fera l’objet de violentes représailles. Quant à la fugueuse, elle sait ce qui l’attend si jamais elle venait à être rattrapée. Il n’y a donc pas d’autre choix que de s’efforcer de rembourser le plus rapidement possible sa « dette », avec le mince espoir de sortir un jour de cet enfer.

Eisabeth Cosimi.

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