Paris-Calais-Calais-Paris
25 Feb 2010 par Elisabeth Cosimi

Afghans en errance

Ils viennent de toutes les régions d’Afghanistan fuyant la guerre, la violence et la pauvreté. Ils viennent du Pakistan où ils s’étaient exilés, après la fermeture des camps de réfugiés et l’insécurité croissante dans ce pays. Ils viennent aussi d’Iran fuyant les expulsions forcées vers l’Afghanistan. Ils sont jeunes.

mineurs afghans En Europe, le Règlement Dublin les oblige à demander l’asile dans le premier pays par lequel ils sont entrés. Pour la plupart d’entre eux il s’agit de la Grèce. État qui réserve aux afghans un traitement particulièrement dur et brutal sans compter que les demandes de statut de réfugié sont accordées à moins de 1%. Ne voulant pas y retourner, ils errent en Europe renvoyés de pays en pays.

En France, à Calais comme à Paris où les afghans se regroupent autours de la gare de l’est, ils se retrouvent pourchassés par la police. Ils reçoivent un arrêté de reconduite à la frontière, ce qui ne leur permet pas de demander l’asile dans des conditions correctes. Ces demandeurs d’asile en procédure dite «prioritaire» ne peuvent en effet obtenir ni logement ni allocation jusqu’à la décision qui tarde parfois plus de deux ans. Quand à ceux qui ont pu obtenir un titre provisoire de séjour ils ne sont pas assurés pour autant d’obtenir un logement. Dormant dehors et se nourrissant aux soupes populaires, beaucoup préfèrent tenter leur chance ailleurs notamment en Angleterre ou dans les pays scandinaves, réputés plus accueillants. A Paris des dispositifs pour les mineurs qui arrivent en France seuls sont précaires. Les plus chanceux sont logés dans des chambres d’hôtels, mais sans réel suivi socio éducatif, devant attendre des mois leur prise en charge par l’aide sociale à l’enfance. Non scolarisés pour la plupart, ils restent à trainer la journée dans les rues du 10ème. D’autres n’ont droit qu’à une mise à l’abri sommaire de nuit dans un accueil de jour pour SDF. Et beaucoup devront rester dehors même en plein hiver. C’est pourquoi eux aussi préfèrent tenter leur chance ailleurs.

La sonnette d’alarme a été maintes fois lancée par les médias. Ces coups de projecteurs trop brefs et parfois agressifs pour les exilés eux même n’ont donné cependant qu’un étroit apperçu des situations de non droit dans lesquelles ces populations sont volontairement maintenues.

Les jeunes afghans sont fatigués des conflits. Aucune issue n’est possible chez eux… Nous voilà engagés dans une guerre absurde depuis 9 ans et les gouvernements osent prétendre qu’aucune issue n’ est possible pour eux chez nous. Sous prétexte du risque d’ appel d’air, ces mêmes gouvernements continuent à ne pas prendre leurs responsabilités préférant jouer sur le registre du dégout, de la fatigue et du découragement.

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