Kaboul, La marastoon des femmes.
14 Dec 2010 par Elisabeth Cosimi

Marastoon de Kaboul, juin 2010 Marastoon signifie en Pachtoo « maison d’accueil ». Établies dans les années 30 sous le règne du roi Zahir Shah, ces structures étaient à l’origine destinées à accueillir les sans-abris. Depuis elles se sont mutées en foyers sociaux.

Peu soutenues par le gouvernement, ces institutions réparties au nombre de cinq dans tout le pays sont gérées depuis 30 ans par le Croissant-Rouge et le CIRC qui tentent de redonner espoir aux afghans ayant tout perdu à travers l’instruction et la formation professionnelle.

À Kaboul, les témoignages livrés par certaines femmes accueillies dans ces structures mettent en lumière une triste réalité en matière d’aide médicale, sociale et juridique auprès des femmes. Bien plus révélatrices que la burqa, les conditions d’existence de ces femmes aux destins tragiques nous laissent entrevoir une société anéantie par des années de conflit empêchant toute institution de pouvoir fonctionner et garantir leurs droits les plus élémentaires.

Les marastoon ont survécu aux désastres causées par les guerres, mais comme la plupart des institutions dont les murs sont encore debout, elles fonctionnent presque à vide dans un état miné par la corruption et réduit en lambeaux.

Section des femmes atteintes de troubles psychiques

En Afghanistan très peu d’endroits accueillent les malades atteints de troubles psychiques. La marastoon de Kaboul héberge actuellement dans un de ses blocs, une vingtaine de femmes abandonnées par leur famille et livrées à leur propre sort. Les conditions d’accueil restent très limitées.

Assistées par des veuves de guerre et quelques bénévoles de passage à Kaboul, ces femmes auront au moins ici la chance de vivre et mourir dans la dignité.

Quel que soit leur état psychique (traumatismes de guerre, retard mental, violences et abus sexuel, vieillesse ou dépressions passagères), ces femmes ne bénéficient pas d’une assistance médicale répondant à leur propre besoin.

Le psychologue rattaché à un hôpital de Kaboul vient nous rendre visite une fois par semaine, il ne consulte quasiment jamais directement les patientes.Nous ne savons rien sur la plupart de ces femmes. Elles ne savent plus qui elles sont ni d’où elles viennent.

Tout ce que nous pouvons faire est d’essayer de capter leur attention pour les calmer et leur redonner le sourire.

Beaucoup de choses restent à accomplir ici, nous n’en sommes qu’au début, mais depuis que je suis arrivée j’ai réussi à trouver des fonds afin qu’elles puissent aménager un jardin. D’ici quelques jours nous commencerons à planter des fleurs et nous aurons enfin une machine à laver ». Témoigne Iman une jeune Afghane née à Londres revenue dans son pays afin d’aider ses concitoyennes.

Département des familles monoparentales.

55 femmes sont actuellement hébergées avec leurs enfants dans deux blocs de résidences. Celles qui parviennent à trouver une place en marastoon sont pour la plupart originaires d’une autre province que celle de Kaboul.

De ville en ville, de Foyers en maisons d’accueil, leur vie reste tourmentée par des histoires de famille dont elles peinent à sortir. Grâce à la scolarisation de leurs enfants, des cours d’anglais ainsi qu’une formation en couture, la Marastoon se présente à elles comme l’ultime point de passage qui les soutiendra pendant deux ans, jusqu’à ce qu’elles trouvent un emploi et deviennent autonomes.

Mais les réalités sociales laissent en fait entrevoir peu de perspectives pour ces femmes abandonnées à leur sort et souvent encore pourchassées ou menacées par leurs proches. Mise à l’écart de la famille et par conséquent de la société elles peuvent difficilement compter sur une assistance sociale et juridique qui leur garantirait une protection.

Juin 2010

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